Le baby blues et la dépression du post-partum
Quelles sont les différences entre le baby blues et la dépression du post-partum ?
Il convient de ne pas confondre la dépression du post-partum avec le baby-blues, survenant au 3ème jour après la naissance chez 60% des femmes, de courte durée et parfaitement normal. Le baby blues est un orage physique et émotionnel qui saisi la mère qui doit, dans les suites immédiates de l’accouchement, exercer la fonction maternelle auprès d’un nouveau-né encore énigmatique. Joie et désespoir, sentiment d’incompétence et de sensibilité maternelle, mêlés à un corps endolori et à une fatigue intense précipitent le baby blues, véritable mise en phase entre un bébé inorganisé et une jeune mère débutante.
La dépression du post-partum (DPP) est très différente des autres dépressions.
La DPP est la plus fréquence complication de la naissance car elle concerne 20% des femmes. La DPP provoque des souffrances importantes car elle altère le quotidien de la relation entre la mère et le bébé, produisant des troubles précoces du développement de l’enfant dans 25% des cas. De ce fait, la DPP est un véritable enjeu de santé publique.
Dans la plupart des cas, elle est évitable, à condition de détecter les situations à risques pendant la grossesse afin de les prendre en charge opportunément.
Devenir parents : des changements majeurs
Notre société a idéalisé la grossesse et la naissance, présentées souvent comme un temps de réalisation personnelle, qui serait uniquement source de bonheur pour les femmes et pour les couples.
En réalité, la grossesse initie une véritable crise maturative, suscitant ambivalence, angoisses et incertitudes, dont le point culminant est la rencontre avec le nouveau-né. Cette crise est en en partie semblable à l’adolescence car les changements rapides et massifs du corps précipitent un remaniement de l’identité et des liens entre les générations, marquant le passage de la fille à la femme et de la femme à la mère.
Il s’agit d’un moment de changements intenses, qui sollicite les capacités d’adaptation des femmes et des couples et révèle leurs forces autant que leurs fragilités.
Le dépistage
Le professionnel de santé qui suit votre grossesse est attentifs aux facteurs de risques qui pourraient conduire vers une DPP. Il réalise un véritable dépistage, qui permet de vous orienter, si nécessaire, vers un suivi médical et psychologique adapté.
L’entretien prénatal précoce est un outil capital pour ce dépistage. Il s’agit d’un temps d’échange entre vous et la personne qui vous suit, sans examen médical. Il permet, entre autres, de vous présenter notre système de santé et aussi d’explorer vos forces et vos éventuelles fragilités, de parler de votre vécu et de votre environnement.
L’Entretien prénatal précoce est obligatoire depuis mai 2020
Les facteurs de risque
Les antécédents obstétricaux :
- antécédents familiaux ou personnels de perte périnatale, à tout âge gestationnel (grossesse extra-utérine, fausse-couche, interruption volontaire de grossesse, réduction embryonnaire, interruption sélective de grossesse, interruption médicale de grossesse, mort fœtale in utero…), et le deuil d’enfants en bas âge.
- suspicion ou confirmation d’une pathologie fœtale.
- antécédents d’infertilité et de recours à la procréation médicalement assistée.
- antécédents de naissances d’enfants prématurés et/ou porteurs de handicap.
- antécédents de traumatismes obstétricaux.
Les antécédents médicaux :
- antécédents de pathologies somatiques chroniques chez les parents ou dans la fratrie.
Les antécédents psychiatriques :
- antécédents de troubles mentaux chez l’un des parents : troubles de conduites alimentaires, troubles anxieux, troubles de l’humeur, troubles de la personnalité, psychoses, syndromes de stress post-traumatiques, addictions, prise de psychotropes.
Les facteurs psychosociaux :
- les âges extrêmes de la vie.
- la solitude et l’isolement.
- précarité et marginalisation.
- les violences conjugales et intra-familiales.
- les violences sexuelles
- les drames domestiques au cours de la grossesse et la naissance.
La dépression du post-partum
Le nouveau-né humain est l’être le plus dépendant de la planète et nécessite une attention permanente. Sa vulnérabilité met à l’épreuve les capacités d’adaptation de la mère car aucune femme, si compétence qu’elle soit, ne peut s’occuper d’un bébé en permanence. Un bébé a besoin que sa mère s’en occupe intensément pour constituer la dyade mère-bébé, autour de la quelle le père restaure la mère et prend le relai pour garantir la continuité des soins pour le tout petit, constituant la triade parents-bébé. Autour de la triade, comme dit le proverbe africain, « il faut tout un village ». La solitude va progressivement consumer les ressources de la mère qui, à force d’exercer la fonction maternelle va s’épuiser vers la 6ème semaine de vie de l’enfant. Le premier signe de la DPP est la perte du plaisir d’être avec l’enfant, suivi par le sentiment d’incompétence maternelle. La journée, seule avec l’enfant, est perçue comme un long tunnel qui marquera son échec à répondre aux besoin du bébé, situation qui fait surgir des terribles angoisses indicibles. La honte termine par verrouiller la mère car, dans notre société, il est encore difficile de confier que l’on soit en difficulté avec un bébé qui est censé nous combler.
La principale mesure pour prévenir la DPP est donc de faire le maximum pour que la mère et son enfant ne soient pas pris au piège de la solitude.
Pour ne pas s’épuiser, une maman a besoin de 2h pour elle chaque jour, et de dormir 5 ou 6h une nuit sur deux. Les relais sont donc indispensables.
Les soins
Si vous êtes en difficulté, si vous avez l’impression de ne pas y arriver, ou si vous occuper de votre enfant devient une source de souffrance, il faut ne faut pas hésiter à chercher de l’aide, auprès des professionnels de santé. Votre sage-femme, votre gynécologue, le pédiatre de votre enfant sont insérés dans un réseau périnatal qui vous viendra en aide.
Il faut en parler et ne pas tomber dans le piège de la honte.
Dans les nombreux cas où l’entourage familial et social ne peut pas jouer un rôle de soutien, il faut donc faire appel aux structures mises en place par la société.
Des consultations auprès d’un pédopsychiatre sont également nécessaires, pour agir sur les facteurs de risque et prescrire les actions utiles.
Une fois la situation identifiée et les soins mis en place, l’évolution est dans la grande majorité des cas très rapidement favorable.